La fin des webséries ?

Thomas Desenne, auteur de la série Zone 42 et présent à la Rencontre Transmédia #1, nous fait ici le compte rendu de la rencontre sur les web séries de Namur, en Belgique ! Quelles sont les particularités et les techniques de création d’une série sur Internet ? Quelles en sont les nouveaux enjeux ? Les différences avec la création télévisuelle ? Pas de recette, a priori. Ce qui compte avant tout, c’est la création. Écrire, imaginer, dessiner, composer, filmer, monter, discuter … mais surtout créer, y aller à fond !

Transmédia nancy - web série

Parmi les invités de cette rencontre,  Bruno Muschio, alias Navo, co créateur / auteur / réalisateur avec Kyan Kojhandi du phénomène Bref, shortcom. Il a véritablement dynamité le paysage télévisuel français en 2011. Il est également auteur de la Bande pas dessinée.

1-Le-Concept

A ses cotés se trouve un certain François Descraques, créateur et réalisateur de la série Le Visiteur du Futur. Parti de rien avec deux premières saisons sans aucun moyens, cette série connaît actuellement sa quatrième saison sur Internet, co-produite par Ankama et France télévision, un succès critique et public.

« Une web série, c’est tout ce qui ne peut pas être montré à la télé »

Dixit François Descraques. Si les webséries aiment explorer les références de genres connus – Science Fiction, Fantastique, Univers Geeks -, le traitement de ces thèmes les distingue de leurs cousines, les séries télévisuelles. Le public de la télé, vieillissant, ne se reconnaît pas dans les références abordées sur Internet,  ni dans le rythme frénétique, ni dans les cadrages. Alors que le public plus jeune y retrouve une liberté de ton qui lui correspond.

A quelques exceptions près – Bref, Hero Corp ou encore Kaamelott … sur le petit écran, les séries françaises de format court réussissent lorsqu’elles font référence au quotidien du couple, de la famille, du boulot : Fais pas ci/Fais pas ça, Un gars/Une Fille, Caméra Café. On ne rêve pas. Les situations très courtes s’enchaînent, des minis sketchs où des vannes plus ou moins efficaces fusent. Mais aucune de ces séries ne développe une histoire, un univers.

Des épisodes courts et drôles ?

La web série n’est pas forcément cantonnée au format court, ni au format humoristique. Antoine Daniel, chroniqueur pour What the Cut, propose aux jeunes « youtubers » et autres « podcasters » quelques conseils avisés, dont voici une sélection :

2. Redevenez spectateur. Lorsque vous estimez avoir terminé votre vidéo, posez vous la question suivante : “Est-ce que si je tombais par hasard sur cette vidéo est-ce qu’elle me plairait ?”.

4. N’ayez pas peur. Se lancer publiquement sur internet est un sacré défi et 1000 dangers vous attendent. La dépression vous guette à chaque commentaire. Prenez principalement en compte les commentaires constructifs (autant positifs que négatifs), s’ils ne sont pas en désaccord avec ce que vous voyez dans votre œuvre.

7. Rythmez votre montage. Dans le cas d’une vidéo montée (pas un vlog par exemple) il faut que le montage soit tout autant un langage que vos paroles. Ne confondez pas pour autant montage rythmé et rapide. Montage rythmé = Montage ayant le rythme qui sert le propos de votre vidéo et l’accentue.

9. Soyez proches des gens. En tous cas autant que possible, tout dépend de votre succès. Mais ne perdez jamais ce contact avec votre public. interagissez sur les réseaux sociaux, faites des lives, faites des vidéos où vous leur parlez. Ce contact est primordial car nous sommes ne sommes pas à la télévision mais sur internet, un lieu d’interactions.

15. Persévérez. Tout vient à point à qui sait attendre. Persévérez sur tous les points. Ne lâchez pas quelque chose qui vous plait sous prétexte que vous ne le maitrisez pas encore assez bien ou qu’il n’atteint pas encore le succès que vous attendez. Tant que vous prenez de plaisir à faire ce que vous faites, continuez.

la suite ici …

Le formatage, une question d’argent ?

Le budget moyen d’une série télévisée est de 2 à 4 millions d’euros par épisode aux Etats-Unis, 700 000 € en France (source – chiffres de 2012). Le budget d’une série télévisée est lié à plusieurs facteurs : la grille de programmation, qui détermine l’audience, qui détermine l’achat de créneaux publicitaires, qui détermine la rentabilité des séries pour le diffuseur.

Sur internet, ces paramètres n’entrent pas en compte. Les créateurs sont libres de proposer ce qu’ils veulent. Pour des millions de vidéos qui font un bide et n’ont qu’un auditoire restreint, plusieurs milliers de vidéos émergent du lot et permettent à Youtube, Dailymotion et autres diffuseurs de se rémunérer.

Il n’y a donc pas de contrainte de production. Le réalisateur peut innover et faire ce qu’il veut en terme de narration, de format, de thématique. Personne ne lui dira comment faire. Si on se plante, pas grave, aucune somme folle n’étant mise en jeu… Le web apparaît comme une nouvelle école du cinéma. Un lieu où l’on peut partager, découvrir, créer et soumettre des contenus audiovisuels variés.

Mais les temps changent. Internet devient mature, les productions à gros budget apparaissent sur le net, comme le Studio Bagel ou Golden Moustache. Là où il y a quelques années, la production internet était forcément associé à un Do It Yourself et à une qualité moindre, apparaissent des productions à l’image léchée, au jeu d’acteur plus travaillé, aux dialogues avec des rythmes précis, une esthétique et un fond beaucoup plus plus réfléchi. Et ça fait du bien.

Quand la web série devient une … série.

Avec le collectif Suricate par exemple, nous commençons à voir sur l’Internet français des créations moins désopilantes, qui ne sont pas forcément ultra rythmées mais qui n’en demeurent pas moins ingénieuses et divertissantes. On n’est plus obligé de se filmer dans sa chambre et de faire des blagues puériles pour réussir (comme Norman ou Cyprien), on peut aussi raconter des choses avec du fond et émouvoir sur la toile.

Outre Atlantique, certaines productions étaient déjà notables sur le web. Comme par exemple Dr Horrible Sing-Along Blog, web série de Joss Whedon, créateur de Buffy contre les vampires, Firefly, Dollhouse et réalisateur de The Avengers, entre autre. L’acteur qui incarne le héros, Neil Patrick Harris, c’est Barney Stinson de How I Met Your Mother. Les acteurs remplacent les amateurs. Ou du moins, ils commencent à prendre Internet au sérieux. La forme ? Une comédie musicale sur fond d’histoires de supers héros. 3 épisodes de 15 minutes, du génie en barres.

La production web n’est qu’un média différent au final. Pour la petite histoire, Whedon a fait cela lors de la grève des scénaristes avec pour objectif de montrer que c’est possible de créer sans forcément avoir l’aide des gros studios. La web série serait t-elle donc une série qui serait faite avec cœur, passion et sincérité ? Alors oui, ce n’est pas un inconnu, mais si vous regardez bien, la force n’est pas dans la technique, et ce n’est clairement pas une grosse production. Elle a coûté environ 200 000 €, financés par Whedon lui même, environ le budget de la saison 4 du Visiteur du Futur (cf. ci-dessus).

D’autres acteurs hollywoodiens saisissent leur chance sur le net, comme le talentueux Joseph Gordon Levitt qui lance son émission basée sur le concept de média ouvert et collaboratif. Au sein de Hit Record, il permet à des artistes ou de simples passionnés d’exprimer leur talents, de mettre leurs compétences au service d’un thème, d’une idée. Les projets sont sélectionnés en fonction d’une ligne éditoriale et du vote des internautes. Un subtil jeu, entre spontanéité et mise en scène, irrigue le premier épisode :

Un dernier exemple, House of Cards, série produite par David Fincher avec en acteur principal Kevin Spacey, diffusée sur Netflix, un service de streaming qui se mue en chaîne diffusée sur .. internet. La qualité cinématographique de cette série n’est plus à vanter et la saison 2 qui est déjà sortie, intégralement le 14 février, est apparemment encore de très haut niveau. Bizarrement, beaucoup de gens ne savent pas que cette série est une web série à l’origine.

Le terme de « web série » disparaîtra sans doute. Internet et la télévision commençant à fusionner petit à petit, nous n’allons sans doute bientôt plus faire la différence entre productions web et productions télévisuelles. Internet a permis jusqu’ici à offrir une plateforme de diffusion gratuite et donc de donner sa chance à tout créateur.

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2 réflexions sur “La fin des webséries ?

  1. Je ne suis pas d’accord concernant Dr Horrible et House of Cards; Dr Horrible est un truc brillant mais à remettre dans le contexte de la grève des scénaristes et la volonté de Whedon de « faire des trucs » tout en montrant qu’il avait pas besoin d’eux dans le fond, rien de « web » en soi (sinon le format 3 épisodes difficilement distribuable en télévision). House of Cards, c’est l’adaptation d’une mini-série de la BBC (c’est de la télé) et ce n’est pas parce que c’est de la VOD que ce n’est pas de la télé, ce que fait Netflix ici, c’est changer le mode d’existence de la télé, pas du web. Damages, qui est un format relativement similaire (il ya une convergence dans la photo et l’esprit de fond), était une série télé classique et House of Cards s’il y avait eu distribution aurait pu l’être également, le fait est que c’est une série qui coute un bras à produire et que la série politique est boudée par les network (même Sorkin n’en fait plus vraiment mais The Newsroom est un bel objet) depuis qu’HBO s’est lancé dans la série grand public (GoT, TrueBlood …)

    Dans ce domaine comme dans tous, il ne faut pas être essentialiste mais se concentrer sur les modes d’existence du medium.

    • Merci pour ces éclaircissements. La dernière partie interroge les zones de confluences et les limites du genre, la web série, tel qu’il se confronte aux genres plus établis. Un peu comme on interroge les limites entre documentaire et fiction, ou documentaire et journalisme.

      Yannick

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